#SP06 Les petits yeux étoilés

Auteur : Bruno Madelaine

Résumé : Notre société de consommation aime étiqueter, tracer et catégoriser tous ses produits. Si vous voulez y trouver votre place, il vous faudra entrer sagement dans une des cases qu’elle vous aura réservée. Inutile d’essayer d’en changer en cours de route, la colle utilisée est bien trop forte. Moi Simon Renaud, jeune handicapé de 18 ans, n’ai pas pu échapper à cette règle dès ma naissance :  » 3.720 kg, Origine France, Viande génétiquement modifiée, AOC Syndrome de Williams & Beuren, élevé en Institut medico-éducatif et nourri pendant 18 ans par alimentation entérale hypercalorique.  » Or, je compte bien par le récit extraordinaire de mon histoire, faire voler en éclats chacune de vos certitudes. Jamais plus vous ne verrez le handicap de la même manière. Il se pourrait bien d’ailleurs que celui-ci vous offre l’extraordinaire opportunité de dépasser vous aussi vos propres difficultés et peut-être même de changer radicalement votre vision de la vie. Alors certes, je suis un être différent, mais pas exactement comme vous pouvez le penser et surtout bien plus encore que vous ne l’imaginez…  » Vous dites que je suis différent, or moi je pense que vous êtes tous les mêmes  » Simon Renaud

Mon avis sur :

L’histoire : j’ai d’abord été séduite par la poésie et l’ironie, l’humour noir également, qui ressortent du résumé. Ensuite, j’ai été totalement séduite par le côté rétrospectif de l’histoire auquel je ne m’attendais pas du tout à la lecture du résume. L’entièreté du roman est rempli d’humour, de tendresse, de douceur, d’amour et de sensibilité, ce qui donne un texte extrêmement agréable à lire, qu’on pourrait lire sans fin, tantôt émouvant, tantôt drôle, parfois sarcastique mais toujours poétique et touchant.

Les personnages : on s’attache à tous les personnages très vite et très facilement, même si j’ai eu une grosse frayeur à un moment donné (je ne dirai rien de plus pour ne pas spoiler, si vous voulez savoir, lisez !) et lorsque le narrateur raconte son histoire, son expérience de la maladie il n’y a rien de pathétique, on sent vraiment que ce n’est pas une façon pour lui (autant le narrateur dans l’histoire que pour l’auteur) de réclamer une reconnaissance ou de forcer le trait pour nous arracher une larme. Je signale quand même que c’est un témoignage donc je ne vais pas me permettre de juger les comportements ou les caractères des personnages, ne sachant pas vraiment à quel point ils sont représentatifs de la réalité et – du reste – tout est très réaliste donc je n’ai aucun doute sur la véracité de beaucoup de choses, si ce n’est tout.

En bref : Un livre excellent, poétique, touchant, très juste et à mon sens représentatif de ce que l’on peut ressentir en tant que malade ou proche de malade – sans aller jusqu’à dire que ça l’est précisément de ceux qui ont le syndrome de Williams et Beuren étant donné que je ne connais personne ayant cette « maladie ». C’est une belle leçon de vie qui nous apprend à respecter la différence, peut importe son origine, quelle soit sociale, raciale ou à cause d’un problème de santé. Je m’exprime peut-être mal et j’en suis navrée, mais en tous cas je peux dire que c’est incontestablement un coup de cœur.

Petite Plume

Parce que j’ai surkiffé, quelques citations :

Le narrateur, chapitre 3 (il parle en tant que bébé, je précise) : « J’aimais bien séduire, il est vrai, mais je n’avais qu’une seule amoureuse dans ma vie, c’était ma maman« .

Le narrateur, chapitre 4 : « Le cœur d’une maman est semblable à une île au milieu de l’océan. On peut venir s’y ressourcer, s’y reposer, sans jamais craindre pour sa vie« .

Le narrateur, chapitre 4 : « Je suis hyper-sociable et parfois quelque peu désinhibé, mais je suis fier de cela. Je ne comprends pas bien pourquoi on me le reproche, d’ailleurs. Comment pourrions-nous trop aimer les gens ? C’est peut-être juste parce que la société n’est pas prête à recevoir tant d’amour« .

Le narrateur, chapitre 5 : « Sans aucune animosité de ma part et avec beaucoup d’amitié, je crois bien que je préfère ma condition à la vôtre. Je suis même assez fier d’en être arrivé là. A ceux qui me disent que je suis différent, je leur répond souvent que moi, j’ai l’impression qu’ils sont tous les mêmes« .

Le narrateur, chapitre 9 : « L’amour est une équation à plusieurs inconnus que chacun d’entre nous cherche à résoudre« .

Le narrateur, chapitre 9 : « Je suis différent. Je ne mange pas comme vous, je ne raisonne pas comme les autres, mais après tout, qu’est-ce que c’est que d’être normal ? Est-ce que manger du foie gras en ayant conscience de la torture infligée plusieurs fois par jour à des pauvres canards jusqu’à ce que leur organes explosent, c’est normal ? Est-ce que boire chaque jour des sodas dont la composition chimique ultra agressive ne vous laisse le choix qu’entre le diabète et le cancer, est normal ? Est-ce que prendre de l’alcool régulièrement, et même parfois en quantité, sous le prétexte fallacieux de la convivialité, quitte à devenir méchant, amnésique ou dangereux, c’est cela être normal ? […] Ce monde est fou, ce monde est injuste, ce monde court à sa perte, mais ce monde est persuadé d’avoir raison, il est donc légitime de penser que ce sont les autres qui vont mal« .

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